Il n'est pas toujours aisé de parler, d'exprimer, qui plus est, à l'écrit ce que l'on porte au plus profond de soi, les émotions qui nous traversent, les intuitions que nous ressentons.
Et puis voilà, qu'au fil d'une lecture, on a l'heureuse surprise, de tomber sur un texte qui exprime exactement ça, vient rejoindre notre ressenti, appuyer ce qu'on aura eu tant de mal, tant de mal à retranscrire en mots...
C'est un peu ce qui s'est produit, à propos d'une réflexion que je me faisais sur le savoir, la connaissance...
Souvent je considérais les autres comme les " détenteurs" du savoir, dont j'aurais tout à apprendre, comme si la vérité était vérité immuable, reçue des autres pour argent comptant, (j'aurais presque envie d'écrire argent "content", dans le sens de se contenter!) qu'eux-mêmes auraient reçue, transmise de père en fils.
En ce sens, j'ai été une enfant et élève modèle toujours à me positionner vis à vis des enseignants, des adultes comme celle qui devait recevoir et non donner, sans jamais remettre en cause le dit savoir.
En ce sens, j'ai été une enfant et élève modèle toujours à me positionner vis à vis des enseignants, des adultes comme celle qui devait recevoir et non donner, sans jamais remettre en cause le dit savoir.
Et puis un jour, j'ai reçu en stage une élève que j'ai due former, et mon regard sur tout cela a changé.
Je me suis dit que le monde de la connaissance est vaste et qu'il est quasi impossible de tout savoir et que cela valait sans doute aussi pour ceux que je considérais comme des "Dieux". Qu'une vie ne suffirait pas pour arriver au bout du savoir. Et que je n'avais pas besoin d'attendre un certain âge pour me donner le droit de la transmission.
Puisque au fil du temps je savais parfois aussi des choses ignorées des autres, des choses sans plus, ni moins d' importance,et que les plus importantes sont sans doute celles qui nous aident à avancer... même si ce vers quoi nous avançons ne nous apparaît pas toujours distinctement... que toutes ces choses que nous apprenons ne raisonnent pas uniquement, plus seulement, mais résonnent bien plus encore, dans un plus vaste rayon , pour atteindre le coeur.
Je crois surtout maintenant que la vérité n'est pas à chercher en dehors, qu'elle nous sera jamais donnée, servie sur un plateau par un autre mais qu'elle demeure en dedans de soi... parfois bien ensevelie... en tout cas pour moi.
d'où l'importance des rencontres, des échanges avec les autres, qui parfois, à leur total insu, par un mot lâché, une question qu'eux mêmes se posent pour eux, à vous, vous emmène vers votre propre vérité.
Je crois aussi que la vérité ne peut se dissocier de l'expérience, qu'elle prend toute son essence que si on l'expérimente de pore en pore dans sa chair.
En cela on est seul.
Car personne ne peut prendre le chemin à notre place.
Je ne crois plus en la science infuse, mais à des mots, des paroles qui infusent en soi... ça oui!
Il y'a quelques jours j'ai eu la joie d'entendre une émission radiophonique dans le Gai savoir; consacrée au chapitre 26 des Essais de Montaigne, rédigée par Raphaël Enthoven.
Ce chapitre traite de la question de l'éducation de nos enfants.
J'ai entendu les animateurs parler de la très grande humilité de Montaigne.
J'ai pris quelques notes que voici:
- c'est acte d'humilité, que de sentir en soi la parole d'un autre. Et de se dire non pas que j'ai pensé comme un tel et que mon génie égal le sien, mais que 1500 ans plus tard, la parole d'un tel me traverse et qu'il avait le génie de formuler quelque chose qui allait plus loin que lui...
- D'autres ont pensé à cela et je fais à leur suite.
- Chez Montaigne la parole d'un autre prend la forme d'une inspiration.
- Eduquer: c'est transformer le savoir en saveur - c'est d'abord apprendre à penser par l'autre avant d'apprendre à penser par soi-même
Montaigne " Je n'emploie les paroles des autres que pour m'exprimer d'autant mieux moi-même"
- Savoir se rendre disponible à la voix venue d'une autre rive. Se rendre disponible au discours venu d'ailleurs, se servir de l'écho qu'une parole produit en nous pour nous rendre disponible à tout ce que nous ne nous sommes pas encore dit, mais que cette parole est sur le point de faire émerger en nous.
à la façon socratique j'ai envie de dire...
- Transmettre: c'est l'art de faire naître en autrui, ce qui s'y trouvait déjà.

Et si, si je vous écris tout cela aujourd'hui, c'est juste, juste pour vous faire part de l'immense joie, cette joie sans nom de pouvoir penser, ressentir par moi-même.
Que si je lis beaucoup ces deux dernières années, c'est par soif de connaissance, mais pas pour atteindre une connaissance, recrachée par coeur, pour m'en vanter ci et là...
Que si je lis beaucoup c'est pour me trouver quelque part et me prêter à un apprentissage non plus par coeur, mais par le coeur....
C'est pourquoi j'aime beaucoup cette citation de Bobin à savoir que la vérité n'est en rien extérieure à nous, qu'elle n'est pas dans la connaissance qu'on en prend, mais dans la jouissance qu'elle donne.
C'est pourquoi j'aime venir lire des blogs, et observer comment les mots, les actes des autres, les événements ont été reçus en chacun de vous.
Bon dimanche à vous.

Mon humble expérience d'enseignante m'a amenée à considérer le savoir exactement sous l' angle que tu abordes : les élèves ont autant à nous apprendre que nous avons à leur apprendre. C'est un échange,une interaction perpétuelle, même si la connaissance pure semble emprunter le canal "descendant" il n'en est rien. Il est important qu'un enfant sache que l'adulte n'est pas omniscient...mais que l'on apprend toute sa vie.
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup ton billet.
Merci pour cette réflexion qui rejoint mes préoccupations: apprendre, ce n'est pas empiler des connaissances, mais prendre dans celles-ci ce qui nous servira pour devenir meilleur et aller vers le haut.
Bises
¸¸.•*¨*• ☆
RépondreSupprimerMerci Célestine pour ton commentaire qui énonce clairement ce que j'ai tenté de faire passer en trois fois plus de mots! Je dis souvent à mes filles que les grands ont aussi à apprendre des petits... que ça va dans les deux sens.
J'aime ce que tu dis du canal "descendant". J'ai la sensation ces dernières années que la connaissance ne reste pas coincée, stagnante dans les hauteurs, dans la sphère de l'esprit, mais effectue une descente dans tout le corps comme si quelque chose s'était ouvert à cet endroit là ... pour pouvoir, comme tu dis, par la suite opérer un mouvement ascendant.
Bises.
Tes mots EL linda sont empreints de modestie. Ils dévoilent de ton profond besoin d'être soi d'abord tout en t'abreuvant des mots des autres. C'est en cela que nous trouvons chez l'autre des réponses à nos questionnements et cela nous aide à avancer. Confronter en quelques sortes nos interrogations à celles des autres, nous aide à nous affermir et à nous retrouver. je trouve ton texte magnifique et clair surtout quand tu ajoutes: la vérité, n'est pas dans la connaissance qu'on en prend, mais dans la jouissance qu'elle donne. Et ça c'est merveilleux, je m'en réclame moi-même. merci El Linda
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SupprimerMerci Bizak pour tes mots tout à fait éclairants, qui soulignent l'importance des autres dans la construction de soi. J'aime ce que tu dis de cette confrontation qui nous aide à nous affermir et à nous retrouver.
J'aime à m'imaginer tel un jeune arbre qui développe ses racines dans une terre fertile pour lui, bien profondément avant de pouvoir se déployer solidement vers le ciel.
mouvement descendant, puis ascendant comme le dit Célestine plus haut.