mardi 8 octobre 2019

Mon poème argentin

Mon poème argentin


Absente, je te parle.
C'est toi , unique, que ma voix nomme derrière tout ce que je désigne.
Aucune nuit ne monte sans toi.
Aucun jour ne s'élève.
On dirait de Hiéron de Syracuse : il ne lui manque ,
pour être roi
que le royaume.

Pascal Quignard – Les ombres errantes 
Photo: Christian Schloe


Que sait-on des choses si elles ne nous traversent pas ?


Nos vies sont faites de voyages sur des terres oubliées et lointaines, quelques fois sur des contrées nouvelles dont on ne sait si on reviendra.
Fenêtre ouverte par delà la mer.
Fenêtre ouverte sur les sables.
En cette nuit de vinyle , je quitte la terre ferme.
Sans être inquiétée, j'épouse un roi et il ne le sait pas !

Liberté du rêve.

Dans le frémissement des vagues, je chuchote à la lune mon secret d'alcôve aux reflets argentés.
Elle seule, couverte de son disque de platine sait que cette nuit mon âme pourra danser le tango !
Aiguille au souffle lent glisse ses pas au creux de mes songes veinés.
Mon cœur impudique se penche, tout près à tomber.

La lune frisonne !
Sur ton drapé virginal, l'aiguille du temps , sans faux pas tisse l'anneau fragile des amants.
La lune se retire.
A la pointe du jour, quand les remous du rêve s'ourleront à l'étoffe du réel et que le ciel se mêlera au bleu de la mer, le soleil tout juste brodé , scellera, hissé dans les flots du vent, leur union.


Un homme devient roi et il ne le sait pas.
C'est mieux comme ça !
Que ton baptême célébré par une profane te rappelle celui de ton pays reçu de ses étrangers qui l'ont parcouru !
"Argentina" ne croit pas que je blasphème !

Mais les rapprochements se soucient peu des frontières du temps et de l'espace, car ils sont de profondeurs comme les éternités...
Profonds, comme ceux de tes écrits, Alejandra Pizarnik.
Revient-on de ces abysses là ?

Mon voyage pourrait ne pas s'arrêter là.
Mais toi, toi, qui est de là-bas connais-tu le versant caressant d'un éternel tango ?
Celui des cœurs qui jamais ne s'essoufflent.
Celui qui rend les hommes plus humains , moins cupides et assoiffés de sang.
Celui qui fait tourner les terres et empêche les guerres intestines et les vies saccagées ?
Mon voyage pourrait ne pas s'arrêter là, si j'avais le courage de me soulever contre ces choses là !

Pourtant de ce voyage,
de vous Alejandra Pizarnik , Mujica Lainez et ta – Mystérieuse Buenos Aires – toute nimbée de poésie et peuplée de créatures effrayantes et enchanteresses !
Puis de toi aussi mon ami, mon ami cher...
Oui, de vous qui m'avez ouvert une porte de votre pays, j'en emmènerai certainement qu'une poignée de sable !
Mais suffisamment pour cette vie où je ne suis que de passage.
Suffisamment pour vous ancrer aux sédiments de mon âme.


Cette nuit-là, venu de très loin le souffle d'une voix chaude et déchirante traverse le corps d'une femme.
Agenouillée, l'aiguille piquée en plein cœur, la femme enfonce sa main en pleine terre comme pour l'irriguer.
Les perles de rubis formées désormais par les gouttelettes de sang ornent à merveille la couronne du souverain.
Cette nuit-là, sur la terre d'une femme, mêlée de sang et du sel des sanglots
un homme est devenu roi et il ne le sait pas.



10 commentaires:

  1. Toi qui parlais d'inspiration tarie, voilà qu'elle revient d'une manière intense.
    J'ai relu le poème plusieurs fois, sans m'en lasser, bien au contraire. Comme un approfondissement et un bonheur de se laisser porter par la densité du contenu, du style, de la poétique et de la profondeur humaine.

    Peut-être que je prends une fausse piste mais j'ai pensé à Eva Peron, et aussi à cette belle chanson si poignante « Don't Cry For Me Argentina ».
    Et en tout cas merci de m'avoir fait découvrir Alejandra Pizarnik, je suis allé lire des extraits de son œuvre et je n'en suis pas ressorti indemne.

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    1. Merci Alain pour tes impressions laissées ici. Un disque (CD ou vynile) comprend toujours plusieurs pistes! Celle que toi tu as lu ne me déplait pas. Je ne connaissais pas le film " Evita" de Madonna… Tu me donnes l'occasion d'ajouter un sixième rayon à mon soleil argentin!!! Te abrazo(rro)!

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  2. Que c'est beau, sombre en même temps que lumineux. J'ai relu plusieurs fois, à voix haute, pour mieux m'imprégner des mots et de leur sonorité. On est emporté là-bas, dans ce pays lointain, on découvre Alejandra Pizarnik. Merci pour ce très beau billet dont j'emporte avec moi quelques grains de sable et un tango langoureux.

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    1. Tu as lu mon poème plusieurs fois et à voix haute en plus! Quel honneur. J'aurais aimé qu'il soit plus concis, plus ciselé comme diraient les grands!!! Qu'il est pu t'emmener un peu là-bas me réjouit! Merci pour ton passage dans mon univers. Je t'embrasse!

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  3. Splendide !
    Je suis heureuse que tu aies entendu mon message ma brûlante, ma passionnée ...
    Tu donnes envie d’Argentine.
    Merci pour ces vers mystérieux et profonds
    Bisous éblouis
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Je sais que nous sommes reliées par delà la distance et l'écran. Même que je n'avais plus la force de revenir à mon espace, je ne pensais pas moins à toi et à d'autres fidèles qui passaient par là… Merci pour tes mots lumineux. ti bacio!

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  4. Ta liberté de plume est nourrie d'étrange bercé d'une sombre lumière qui élève l'éclat des mots au Panthéon du rêve. C'est beau et profond.
    J'ai lu, relu, et je reviendrai encore boire ce voyage de brumes.
    Célestine a raison: tu donnes envie d'Argentine.

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    1. Toi aussi letienne tu as lu mon poème plusieurs fois... j'ai aperçu chez toi des poèmes au parfum d'antan. Maintenant que je remonte peu à peu à la surface, je vais me laisser bercer par vos écrits respectifs. il est temps! Quant à mon voyage argentin… il ne fait que commencer; j'espère vous en rapporter de beaux trésors!

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  5. " Nos vies sont faites de voyages sur des terres oubliées et lointaines, quelques fois sur des contrées nouvelles dont on ne sait si on reviendra.
    Fenêtre ouverte par delà la mer.
    Fenêtre ouverte sur les sables."...J'ai lu plusieurs fois pour m'imprégner de cette superbe poésie...Merci

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    1. Merci à toi Marie qui sait si bien capter les instants et les retranscrire en poème comme cette fileuse de laine. Ton arrêt par chez moi me fait vraiment plaisir.

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