Mon
poème argentin
Absente, je
te parle.
C'est toi ,
unique, que ma voix nomme derrière tout ce que je désigne.
Aucune nuit
ne monte sans toi.
Aucun jour
ne s'élève.
On dirait de
Hiéron de Syracuse : il ne lui manque ,
pour être
roi
que le
royaume.
Pascal Quignard
– Les ombres errantes
![]() |
Photo: Christian Schloe
|
Que
sait-on des choses si elles ne nous traversent pas ?
Nos vies sont faites de
voyages sur des terres oubliées et lointaines, quelques fois sur des
contrées nouvelles dont on ne sait si on reviendra.
Fenêtre ouverte par delà
la mer.
Fenêtre ouverte sur les
sables.
En cette nuit de vinyle ,
je quitte la terre ferme.
Sans être inquiétée,
j'épouse
un roi et il ne le sait pas !
Liberté du rêve.
Dans le frémissement des
vagues, je chuchote à la lune mon secret d'alcôve aux reflets argentés.
Elle seule, couverte de
son disque de platine sait que cette nuit mon âme pourra danser le
tango !
Aiguille au souffle lent
glisse ses pas au creux de mes songes veinés.
Mon cœur impudique se
penche, tout près à tomber.
La lune frisonne !
Sur ton drapé virginal,
l'aiguille du temps , sans faux pas tisse l'anneau fragile des
amants.
La lune se retire.
A la pointe du jour,
quand les remous du rêve s'ourleront à l'étoffe du réel et que le ciel se mêlera au bleu de la mer, le soleil tout juste brodé ,
scellera, hissé dans les flots du vent, leur union.
Un
homme devient roi et il ne le sait pas.
C'est
mieux comme ça !
Que ton baptême célébré
par une profane te rappelle celui de ton pays reçu de ses étrangers
qui l'ont parcouru !
"Argentina" ne croit pas que
je blasphème !
Mais les rapprochements
se soucient peu des frontières du temps et de l'espace, car ils sont
de profondeurs comme les éternités...
Profonds, comme ceux de
tes écrits, Alejandra Pizarnik.
Revient-on de ces abysses
là ?
Mon voyage pourrait ne pas
s'arrêter là.
Mais toi, toi, qui est de
là-bas connais-tu le versant caressant d'un éternel tango ?
Celui des cœurs qui
jamais ne s'essoufflent.
Celui qui rend les hommes
plus humains , moins cupides et assoiffés de sang.
Celui qui fait tourner les
terres et empêche les guerres intestines et les vies saccagées ?
Mon voyage pourrait ne pas
s'arrêter là, si j'avais le courage de me soulever contre ces
choses là !
Pourtant de ce voyage,
de vous Alejandra
Pizarnik , Mujica Lainez et ta – Mystérieuse Buenos Aires –
toute nimbée de poésie et peuplée de créatures effrayantes et
enchanteresses !
Puis de toi aussi mon
ami, mon ami cher...
Oui, de vous qui m'avez
ouvert une porte de votre pays, j'en emmènerai certainement qu'une
poignée de sable !
Mais suffisamment pour
cette vie où je ne suis que de passage.
Suffisamment pour vous
ancrer aux sédiments de mon âme.
Cette nuit-là, venu de
très loin le souffle d'une voix chaude et déchirante traverse le
corps d'une femme.
Agenouillée, l'aiguille
piquée en plein cœur, la femme enfonce sa main en pleine terre
comme pour l'irriguer.
Les perles de rubis
formées désormais par les gouttelettes de sang ornent à
merveille la couronne du souverain.
Cette nuit-là, sur la terre d'une femme, mêlée de sang et du sel des sanglots
un
homme est devenu roi et il ne le sait pas.

Toi qui parlais d'inspiration tarie, voilà qu'elle revient d'une manière intense.
RépondreSupprimerJ'ai relu le poème plusieurs fois, sans m'en lasser, bien au contraire. Comme un approfondissement et un bonheur de se laisser porter par la densité du contenu, du style, de la poétique et de la profondeur humaine.
Peut-être que je prends une fausse piste mais j'ai pensé à Eva Peron, et aussi à cette belle chanson si poignante « Don't Cry For Me Argentina ».
Et en tout cas merci de m'avoir fait découvrir Alejandra Pizarnik, je suis allé lire des extraits de son œuvre et je n'en suis pas ressorti indemne.
Merci Alain pour tes impressions laissées ici. Un disque (CD ou vynile) comprend toujours plusieurs pistes! Celle que toi tu as lu ne me déplait pas. Je ne connaissais pas le film " Evita" de Madonna… Tu me donnes l'occasion d'ajouter un sixième rayon à mon soleil argentin!!! Te abrazo(rro)!
SupprimerQue c'est beau, sombre en même temps que lumineux. J'ai relu plusieurs fois, à voix haute, pour mieux m'imprégner des mots et de leur sonorité. On est emporté là-bas, dans ce pays lointain, on découvre Alejandra Pizarnik. Merci pour ce très beau billet dont j'emporte avec moi quelques grains de sable et un tango langoureux.
RépondreSupprimerTu as lu mon poème plusieurs fois et à voix haute en plus! Quel honneur. J'aurais aimé qu'il soit plus concis, plus ciselé comme diraient les grands!!! Qu'il est pu t'emmener un peu là-bas me réjouit! Merci pour ton passage dans mon univers. Je t'embrasse!
SupprimerSplendide !
RépondreSupprimerJe suis heureuse que tu aies entendu mon message ma brûlante, ma passionnée ...
Tu donnes envie d’Argentine.
Merci pour ces vers mystérieux et profonds
Bisous éblouis
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Je sais que nous sommes reliées par delà la distance et l'écran. Même que je n'avais plus la force de revenir à mon espace, je ne pensais pas moins à toi et à d'autres fidèles qui passaient par là… Merci pour tes mots lumineux. ti bacio!
SupprimerTa liberté de plume est nourrie d'étrange bercé d'une sombre lumière qui élève l'éclat des mots au Panthéon du rêve. C'est beau et profond.
RépondreSupprimerJ'ai lu, relu, et je reviendrai encore boire ce voyage de brumes.
Célestine a raison: tu donnes envie d'Argentine.
Toi aussi letienne tu as lu mon poème plusieurs fois... j'ai aperçu chez toi des poèmes au parfum d'antan. Maintenant que je remonte peu à peu à la surface, je vais me laisser bercer par vos écrits respectifs. il est temps! Quant à mon voyage argentin… il ne fait que commencer; j'espère vous en rapporter de beaux trésors!
Supprimer" Nos vies sont faites de voyages sur des terres oubliées et lointaines, quelques fois sur des contrées nouvelles dont on ne sait si on reviendra.
RépondreSupprimerFenêtre ouverte par delà la mer.
Fenêtre ouverte sur les sables."...J'ai lu plusieurs fois pour m'imprégner de cette superbe poésie...Merci
Merci à toi Marie qui sait si bien capter les instants et les retranscrire en poème comme cette fileuse de laine. Ton arrêt par chez moi me fait vraiment plaisir.
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