J'ignore ce qui t'amène à évoquer sa mémoire, elle qui est mort accidentellement en tentant de sauver des vies d'enfants et qui a écrit un livre intitulé « éloge du risque »…
Se sentir pleinement vivant, c'est peut-être au cœur même du risque qu'on en fait l'expérience la plus intense. Maintenant est-ce source de joie ?
Anne Dufourmantelle m’accompagne depuis un moment. Le témoignage de sa mort m’avait beaucoup touché. Une anecdote à ce sujet raconte que lors d’une cure d’un de ses patients, elle fond en larmes (alors qu’elle est déjà une psychanalyste aguerrie) devant le témoignage de ce patient qui enfant échappe de peu à la noyade…. J’aime cette phrase qui parle de cette totalisation de l’être. Dans ces moments rares de la joie, je crois avoir éprouvé cette sensation dans l’alignement du cœur, du corps et de la tête….. Quant à ta remarque à propos du risque que veux- tu dire par là ? Que plus on tente des choses risquées, plus on se sent vivant ? Je ne pense pas qu’elle ait voulu associé la joie avec le risque, ce n’est pas ainsi que je l’ai compris…..
Sur ta question du risque : oui, en quelque sorte. Mais j'écrirai plutôt : « plus on ose se risquer dans la vie plus on donne à la vie dont nous disposons une chance de grandir en nous et de nous apporter la joie et peut-être le bonheur » Cette phrase n'est pas théorique, elle se fonde sur ma modeste expérience de vie.
Autre remarque sur le début de ta réponse : quand tu évoques une psychanalyste aguerri et qui cependant fond en larmes. Je dirais : mais oui ! Et fort heureusement ! Comme si une psychanalyste deviendrait aguerri lorsqu'elle n'a plus aucun affect face à son patient. C'est oublier les notions fondamentales de transfert et de contre-transfert… ce serait penser qu'il n'y aurait plus d« d'humanité » dans un/e psychanalyste aguerri/e. (Attention : Je ne dis pas que tu penses cela, mais c'est excessivement répandu la perception fausse du « psychanalyste imperturbable en toutes circonstances ») .
Enfin : la dernière phrase, j'ignore ce que Anne associait, mais je comprends parfaitement ce qu'elle veut dire et que tu reprends toi-même avec tes mots encore plus justes il me semble, en évoquant cette sensation d'alignement ou je te rejoins tout à fait.… Y compris dans la joie d'avoir osé risquer… !
j'aimerais pouvoir plus fluidement, spontanément exprimer mes émotions. le début de ton commentaire me rappelle un passage de l'éloge du risque d'Anne Dufourmantelle. Le voici:
Au risque d'inviter une femme à danser un rock et lui chuchoter : « fermez les yeux ». Au risque de partir en voiture pour aller dîner en ville et finir à Rome, le lendemain, après avoir roulé toute la nuit, parce qu'on a changé d'idée. Au risque de voir votre homme pour la cinquantième fois décliner l'offre du petit vendeur de roses (fripées) pakistanais, et lui acheter toute la brassée pour l'offrir à tous ceux qui sont là dans la salle. Au risque des nuits blanches. Au risque d'écrire à un(e) presque inconnu(e) une lettre d'amour à partir d'un presque rien qui vous aura traversé dans une fulgurance inconnue de vous jusqu'alors. Au risque de pas cesser de faire l'amour. Au risque de prier sans le secours d'aucun Dieu, ou même avec. Au risque de l'amitié, cachée, folle, éperdue, infinie. Pire qu'un amour. Au risque de l'ennui, et aimer cet ennui sans secours. Au risque de marcher seul dans une ville et attendre que survienne, à cet instant, le sens de toute une vie ; savoir que le lendemain tout disparaîtra. Au risque d'écouter la Passion selon saint Matthieu de Bach en boucle. Au risque de prendre sur soi la responsabilité dévolue à un autre, tout sauf un principe de précaution. Au risque de ramasser sur la plage des petits cailloux de verre dépolis par la mer et de les disperser ensuite, le soir. Au risque d'un communisme de pensée. Au risque de la joie....
J'ignore ce qui t'amène à évoquer sa mémoire, elle qui est mort accidentellement en tentant de sauver des vies d'enfants et qui a écrit un livre intitulé « éloge du risque »…
RépondreSupprimerSe sentir pleinement vivant, c'est peut-être au cœur même du risque qu'on en fait l'expérience la plus intense. Maintenant est-ce source de joie ?
Anne Dufourmantelle m’accompagne depuis un moment. Le témoignage de sa mort m’avait beaucoup touché. Une anecdote à ce sujet raconte que lors d’une cure d’un de ses patients, elle fond en larmes (alors qu’elle est déjà une psychanalyste aguerrie) devant le témoignage de ce patient qui enfant échappe de peu à la noyade….
SupprimerJ’aime cette phrase qui parle de cette totalisation de l’être.
Dans ces moments rares de la joie, je crois avoir éprouvé cette sensation dans l’alignement du cœur, du corps et de la tête…..
Quant à ta remarque à propos du risque que veux- tu dire par là ? Que plus on tente des choses risquées, plus on se sent vivant ?
Je ne pense pas qu’elle ait voulu associé la joie avec le risque, ce n’est pas ainsi que je l’ai compris…..
Sur ta question du risque : oui, en quelque sorte. Mais j'écrirai plutôt : « plus on ose se risquer dans la vie plus on donne à la vie dont nous disposons une chance de grandir en nous et de nous apporter la joie et peut-être le bonheur »
SupprimerCette phrase n'est pas théorique, elle se fonde sur ma modeste expérience de vie.
Autre remarque sur le début de ta réponse : quand tu évoques une psychanalyste aguerri et qui cependant fond en larmes. Je dirais : mais oui ! Et fort heureusement ! Comme si une psychanalyste deviendrait aguerri lorsqu'elle n'a plus aucun affect face à son patient. C'est oublier les notions fondamentales de transfert et de contre-transfert… ce serait penser qu'il n'y aurait plus d« d'humanité » dans un/e psychanalyste aguerri/e.
(Attention : Je ne dis pas que tu penses cela, mais c'est excessivement répandu la perception fausse du « psychanalyste imperturbable en toutes circonstances ») .
Enfin : la dernière phrase, j'ignore ce que Anne associait, mais je comprends parfaitement ce qu'elle veut dire et que tu reprends toi-même avec tes mots encore plus justes il me semble, en évoquant cette sensation d'alignement ou je te rejoins tout à fait.… Y compris dans la joie d'avoir osé risquer… !
Merci pour cet échange fructueux à mes yeux.
Merci pour ta dernière phrase et excuse moi pour ce long silence.
SupprimerRisquer d'être Vivant
RépondreSupprimerRisquer de pleurer
Risquer tout
Pour dessiner ses émotions
Sur des bouts de rien
Qui s'effilochent
Dans le temps
j'aimerais pouvoir plus fluidement, spontanément exprimer mes émotions.
Supprimerle début de ton commentaire me rappelle un passage de l'éloge du risque d'Anne Dufourmantelle.
Le voici:
Au risque d'inviter une femme à danser un rock et lui chuchoter : « fermez les yeux ».
Au risque de partir en voiture pour aller dîner en ville et finir à Rome, le lendemain, après avoir roulé toute la nuit, parce qu'on a changé d'idée.
Au risque de voir votre homme pour la cinquantième fois décliner l'offre du petit vendeur de roses (fripées) pakistanais, et lui acheter toute la brassée pour l'offrir à tous ceux qui sont là dans la salle.
Au risque des nuits blanches.
Au risque d'écrire à un(e) presque inconnu(e) une lettre d'amour à partir d'un presque rien qui vous aura traversé dans une fulgurance inconnue de vous jusqu'alors.
Au risque de pas cesser de faire l'amour.
Au risque de prier sans le secours d'aucun Dieu, ou même avec.
Au risque de l'amitié, cachée, folle, éperdue, infinie. Pire qu'un amour.
Au risque de l'ennui, et aimer cet ennui sans secours.
Au risque de marcher seul dans une ville et attendre que survienne, à cet instant, le sens de toute une vie ; savoir que le lendemain tout disparaîtra.
Au risque d'écouter la Passion selon saint Matthieu de Bach en boucle.
Au risque de prendre sur soi la responsabilité dévolue à un autre, tout sauf un principe de précaution.
Au risque de ramasser sur la plage des petits cailloux de verre dépolis par la mer et de les disperser ensuite, le soir.
Au risque d'un communisme de pensée.
Au risque de la joie....