L’Ombre
A André Rousseaux
Quand je t'attendais, dans ce bar,
La nuit, parmi des buveurs ivres
Qui ricanaient pour avoir l'air de rire,
Il me semblait que tu arrivais tard
Et que quelqu'un te suivait dans la rue.
Je te voyais te retourner avant d'entrer.
Tu avais peur. Tu refermais la porte.
Et ton ombre restait dehors :
C'était elle qui te suivait.
Ton ombre est toujours dans la rue
Près du bar où je t'ai si souvent attendue,
Mais tu es morte
Et ton ombre, depuis, est toujours à la porte.
Quand je m'en vais, c'est à présent moi qu'elle suit
Craintivement, comme une bête.
Si je m'arrête, elle s'arrête.
Si je lui parle, elle s'enfuit.
De
Francis Carco

Ah ! Francis Carco ! Dans la liste des auteurs mélancoliques quelque peu rêveurs et désenchantés il est dans le Top 10 !
RépondreSupprimerLe problème c'est qu'il écrit pas si mal que ça, le bougre !
Mais pourquoi donc ce choix ! ?
(Pour la petite histoire, mon père chantait une chanson de lui « le doux caboulot »)
https://youtu.be/OXe7iOggC0E
ici dans une interprétation d'Yves Montand.
en écoutant une émission radiophonique sur Mona Ozouf, à la toute fin, elle récite ce poème et je le retiens parce qu'il reflète ce que je vis intérieurement ces derniers temps. Avant ça, je ne connaissais pas Francis Caro et ignorait qu'il écrivait des chansons. Maintenant, grâce à la petite histoire, je sais que ton père chantait une chanson de son répertoire. et ça me fait plaisir que tu évoques ce souvenir. J'aime la musique de cette époque. Combien de vies dans une vie?
SupprimerEn résonnance du poème, c'est une autre chanson complètement oubliée plus contemporaine de mon époque (année 80) qui a resurgi....
https://www.youtube.com/watch?v=NBPYWYZanpw&t=14s
_ Vaya con Dios / Just a friend of mine.
Bon, j'avais un peu pensé que ça devait refléter un état d'esprit du moment, et comme c'est bien le cas, ça m'attriste un peu pour toi. Mais nos états d'âme sont parfois aussi variables que le temps. Et puisqu'il est question d'ombre, je t'invite à privilégier le soleil ! (Pardon pour cette métaphore pas terrible…).
SupprimerQuant à la chanson que tu réfères, la mélodie m'a semblé familière. Faut croire que je l'avais entendue à l'époque des années 80. Je suis allé voir les paroles et j'aime beaucoup cet instant d'impressions du moment. C'est un petit poème d'atmosphère avec une belle qualité évocatrice qui se mêle à la mélodie. Ça fait trois fois que je réécoute. Tu me l'as mise dans la tête ! ;-)
J'aime beaucoup ta phrase « combien de vie dans une vie ? »
De douces pensées pour toi.
Ton commentaire de ce matin me vient comme un baiser déposé à mon front et cela me fait du bien! Merci!
SupprimerGrâce à toi, je me suis replongé dans les poèmes et chansons de Francis Carco... Tout un monde et une époque...
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Au vent crispé du matin
Francis Carco
Sourire
J’écoute un remuement léger de feuilles fraîches,
Couché dans l’herbe, sur le dos ;
Et les rosiers fleuris font un mouvant rideau
Qui flambe et tremble sur la brèche.
Vieux murs, jardin désert, c’est près de vous, pourtant,
Que je viens m’endormir à l’aise
Puisqu’au fond la fadeur de vivre est si niaise
Que le rêve en est insultant.
Or, jusqu’à la nuit bleue et pleine de murmures,
Je suis resté, béant au ciel,
Car l’ombre avait un goût de lauriers et de miel,
D’abandon et de pêches mûres…
Mais quand la lune, au front du paisible horizon,
A ruisselé jusqu’à mes lèvres,
Je suis parti, gonflé de rancœurs et de fièvres,
Et j’ai regretté ma prison.
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Merci Marie, ce poème ci est aussi très joli, rempli d'images. J'imagine bien le jardin et sens la brise fraiche à la nuit tombée......
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