lundi 21 août 2023

René Char

 



Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas.



La conduite des hommes de mon enfance avait l'apparence d'un sourire du ciel adressé à la charité terrestre. On y saluait le mal comme une incartade du soir. Le passage d'un météore attendrissait. Je me rends compte que l'enfant que je fus, prompt à s'éprendre comme à se blesser, a eu beaucoup de chance. J'ai marché sur le miroir d'une rivière pleine d'anneaux de couleuvre et de danses de papillons. J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux.

René Char. 

3 commentaires:

  1. Ah ! René Char !
    «J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits »
    C'est la phrase qui m'a arrêté. Parce qu'elle me parle de ma propre enfance.
    Ça manquait de jeunesse autour de moi, mais ce n'est que bien plus tard que j'ai compris combien j'ai reçu des fruits que j'ai mangés, sans comprendre alors ce qu'il en était de la robuste vieillesse.
    Et toi, pourquoi as-tu retenu ce passage ?

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    1. Parce que à moi aussi ce passage me rappelle mon enfance, les étés à jouer dans les champs, à essayer de monter sur les bottes de paille, à chiper les cerises dans les vergers, à se cacher dans les champs de blé et de maïs.....

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  2. "J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux." Souvenirs de mes vacances chez mes grands-parents

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