L'autre soir, les larmes ont coulé toutes seules sans crier gare, sans véritable raison à l'évocation d'un homme, mon professeur de français et histoire au collège.
L'homme en question était un professeur peu apprécié- en raison de la mauvaise qualité de ses cours si peu structurés, ce qui inquiétait les élèves de 3ème passant le brevet en fin d'année. Si peu apprécié en raison de ses absences répétées. Des bruits de couloir répétaient que le professeur en question était alcoolique...
Il portait une barbe touffue très noire, des pommettes saillantes, les joues légèrement creusées. Il n'était pas très grand et extrêmement maigre, surtout ses jambes. On le remarquait à son pantalon tombant, tout juste maintenu par une ceinture cachant à peine la maigreur de ses jambes. Son regard se perdait quelques fois dans le vide, mais pouvait très vite se ranimer à l'évocation des explications de texte du livre étudié en classe "Le salaire de la peur". J'ai retenu le titre du livre grâce à cela.
Un ou deux ans plus tard, je l'ai croisé dans un bistrot alors que j'accompagnais mon père. Après l'avoir reconnu et dit à mon père qu'il s'agissait de mon professeur, pour ne pas paraître mal polie, je
me souviens mettre assis à table pour le saluer et échanger avec lui. Je ne me souviens plus de la teneur des propos, sinon d'un échange agréable pour nous deux suivis de voeux d'encouragement de sa part pour la suite. Sur le coup, j'étais stupéfaite et une peu euphorique de rencontrer un professeur en dehors du cadre.
Il me reste cependant enfoui tout ce temps une part de sa tristesse qu'il m'a reléguée.
Tristesse qui n'ai peut-être pas fondé, que je lui ai peut-être prêtée.
Tristesse qui s'est peut-être juste interposée à la façon d'un voile nuageux sans en obscurcir le ciel.
Tristesse aussi de voir un homme jugé hâtivement comme marginal par les méchancetés et ricanements des élèves à son propos sans rien connaître de sa vie.
Le souvenir de ce professeur est revenu plusieurs fois à ma mémoire et ce soir a trouvé le chemin de l'écriture.
Il est mort jeune à 57 ans.
C'est en rentrant l'autre soir de la visite du plus gros ouvrage fortifié de la ligne Maginot de Moselle, que j'ai repensé à ce point de cours évoqué en cours de 3ème quand j'avais ce professeur.
Les larmes ont coulé toute seule à l'évocation du souvenir de ce professeur.
Il ressemblait à Claude Monet dans cet autoportrait.

Ta page est émouvante ... On ne connaît jamais personne jusqu'au jour où son absence nous révèle son âme...
RépondreSupprimerà sa façon, il a laissé une marque de son passage sur mon chemin de vie.
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