dimanche 1 novembre 2015

L' écriture et la mort



J'ouvre ce billet, avec une réflexion de circonstance, en rapport avec la mort.

"L'écriture comme moyen de se préparer, de mieux appréhender la mort?"



Et je me demande si ce n'est pas en quelque sorte ce que tente illusoirement tout écrivain, tout écrivant: - à défaut de pouvoir  vaincre la mort, essayer tout du moins un tout petit peu de l'apprivoiser en s'inscrivant contre. 

L'écriture: une manière aussi de laisser des traces de son passage ici bas.
Traces pour qui? Ses enfants, petits enfants et voilà?
Que sais-je, que reste t-il de l'histoire de mes arrières grands parents? 
La belle affaire...


J'ai fini il y'a peu le livre de l'historien Emmanuel de Waresquiel " Entre deux rives", dans lequel il dresse le portrait de dix hommes " les suicidés de la société" à qui il a posé la même question: Dis-moi comment tu es mort et je saurai qui tu es..."

je vous livre ici, le début de l'avant propos:

J'ai largement dépassé la moitié de ma vie. J'ai écrit quelques biographies. J'ai vécu pendant près de trente ans avec mes personnages. J'ai tenté de les comprendre, d'ôter les masques de leurs visages, de fouiller l'épaisseur de leurs silences, d'éclairer leur part d'ombre. J'ai vieilli avec eux. L'historien se débat avec le temps. C'est son métier. Il apprend à en mesurer la vitesse et la lenteur, les concordances, les anachronismes, les accélérations et les ruptures. A force de me cacher derrière mes personnages, j'ai éprouvé un jour le besoin de les raconter autrement en me racontant moi-même, tel que je suis, plus près de ma mort que de ma naissance. Souvent, l'expérience de la mort de ceux qu'on a aimés, ou tout simplement quittés, nous révèle à nous-mêmes. Que nous apprend-elle de ce que nous sommes ? Nous avons beau faire comme si elle n'existait pas, nous savons bien qu'elle est étroitement enlacée à nos vies. «Pourquoi dit-on avancer dans la vie ? demandait Bernanos, c'est notre mort que nous approfondissons sans cesse.» De Nusch, son grand amour, Éluard écrit dans une lettre inédite à René Char qu'elle l'avait éveillé à la vie dont il allait mourir.


Je retiens de cet extrait, que la mort des autres nous fait à la fois prendre conscience de notre propre finitude, et  nous révèle à nous-mêmes. 

Je crois pouvoir dire, me concernant, que c'est surtout quand je me sens aimer, que je prends le plus conscience de la mort, car c'est là sans doute  que  je me sens  le plus en vie, c'est çà "envie"!


L'amour - la mort : deux mots qui à une lettre près sont presque identiques... une  lettre pas tout à fait close, un "U', qui ouvre vers tous les possibles...

Mot - mort: eux aussi étrangement si proches... et qui se distinguent par ce seul "r"

Ecriture - Mort - Amour : la boucle est bouclée.

Ah les mots!
Avec leurs airs si souvent coincés...
comme si de cet "r" leurs vies en dépendaient.
Mais ils ne le savent pas...
Ils ne sont jamais tout à fait morts
Un jour sus
Un jour cités
Puis en nos coeurs suscités, ressuscités
Et même si nos bouches s'essoufflent parfois
à trop vouloir les embrasser. 
Eux, non, 
oh non jamais ne devraient s'user...



6 commentaires:

  1. Tu me fais rappeler El Linda, une aventurière et poétesse qu'était Isabelle Eberhard lorsqu'elle sillonnait le Sahara algérien. Elle était charmée par la vie rustre et simple des gens de là-bas. Elle disait: "Tout le grand charme poignant de la vie vient peut être de la certitude absolue de la mort. Si les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d'attachement."
    Je me demande si la mort n'éxistait pas, est ce qu'on aurait le même intérêt pour la vie.
    Bise El Linda.

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  2. Merci pour ton passage chez moi. Tu me donnes très envie d'aller à la rencontre de cette poétesse.
    Sans la conscience de la mort saurait-on apprécier la vie comme il se doit...
    Bise Bizak

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  3. La mort d'un ami, je viens de la vivre.
    A-t-il disparu pour autant ?
    Il est toujours là, non pas dans un quelconque« au-delà » mais dans un « en dedans» qui est lui en moi et en d'autres.

    Il me reste des lettres, quelques textes, les correspondances échangées, mais ai-je vraiment besoin d'aller relire ?
    Pour l'instant, non.

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  4. je ne pense pas qu'il ait disparu... c'est en peu comme s'il s'était inscrit en vous.
    Les morts continuent de subsister en nous...
    Si l'essentiel a été dit, la mort ne ternira en rien la qualité que fut votre relation et dans ce cas, me semble-t-il on parvient mieux à accepter le départ d'un être cher.

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  5. Les morts sont toujours avec nous, je m'en rends compte lorsque, sans le vouloir, je dis ou j'ai une expression de mon frère, lorsque j'écoute une musique qu'il m'avait fait découvrir, lorsque je vois un homme jouer de la guitare, tout comme lui. Une part de lui est en moi, tout ce qu'il m'a dit, tout ce qu'il m'a appris, sont en moi. Sa voix aussi est en moi, je l'écoute parfois. Sa présence me manque, mais je sais pourtant qu'il n'est jamais bien loin, qu'il est là tout près de moi...

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  6. Aujourd'hui est particulier pour toi Françoise.
    Le lien qui vous unissait l'un à l'autre devait être fort... ça se sent à travers tes mots...

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