Je viens de finir le sublime roman de
Irvin Yalom « Le problème Spinoza », qui
m'a accompagné plusieurs nuits d'affilées. Voilà un livre qui m'a
tenue en haleine, que je refermais le soir avec grande peine, et que
j'avais hâte de retrouver au plus vite...
Il y ' avait longtemps qu
e je
souhaitais me rapprocher , mieux connaître, connaître plus
intimement Spinoza, ce merveilleux penseur, humaniste, extrêmement
solitaire qui a bâti toute une philosophie sur une éthique de la
joie, et qui m'a intéressé d'emblée pour sa définition de Dieu,
son « rejet » du libre arbitre, et cette phrase la plus
connue sans doute « Nous ne désirons pas une chose, parce
qu'elle est bonne, mais c'est parce que nous la désirons que nous la
jugeons bonne . »
e je
souhaitais me rapprocher , mieux connaître, connaître plus
intimement Spinoza, ce merveilleux penseur, humaniste, extrêmement
solitaire qui a bâti toute une philosophie sur une éthique de la
joie, et qui m'a intéressé d'emblée pour sa définition de Dieu,
son « rejet » du libre arbitre, et cette phrase la plus
connue sans doute « Nous ne désirons pas une chose, parce
qu'elle est bonne, mais c'est parce que nous la désirons que nous la
jugeons bonne . »
J'avoue qu'après avoir feuilleté,
tenté de lire quelques passages de son livre majeur son « Ethique », j'ai vite abandonné face à la difficulté d'entrer
dans son système de présentation sous forme d'une démonstration
mathématiques avec ses théorèmes, ses axiomes... Un peu déroutant.
Alors, alors j'ai opté pour le
rapprochement par les autres, qui peut être parviendraient à me le
présenter lui, ainsi que sa pensée de façon plus « accessible ».
En ce sens, ce roman est une réussite.
J'ai trouvé dans ce roman , tout ce
que j'attends d'un livre :
- faits historiques mêlés à l'invention littéraire : on le découvre dans son magasin de négoce, qu'il tient avec son frère, assiste à sa rencontre tout d'abord avec deux âmes perdues venues à lui pour trouver l'apaisement, dans le but inavoué de recueillir ses propos anti-religieux et le dénoncer à la communauté juive à laquelle il appartient pour l'en exclure, puis à une autre rencontre celle de son maître Franciscus van den Enden, libre penseur grâce auquel il se perfectionnera en latin. Puis on sera témoin de son excommunication (« herem »), définitive et irréversible qui le conduira à se couper de sa famille, son emménagement à Rijnsburg où il s'installera comme polisseur de verres d'optique.
- La genèse de ce roman « Le problème Spinoza », problème pour qui d'ailleurs ?
… Ici en l'occurence pour le
Reichsleiter Rosenberg, lieutenant d'Hitler, à la tête du corps
expéditionnaire, chargé du pillage, des biens appartenant à des
juifs.
En mai 1940, l'Allemagne envahit les
Pays-Bas. Rosenberg se rend à Amesterdam en février 1941 et
confisque la bibliothèque de Spinoza conservée dans la maison de
Rijnsburg.
Dans quel but, pour quelle raison,
d'autant plus que ces livres seront soigneusement conservés ?
Problème épineux ou
« espinosa »problème, toujours est-il qu'on peut se
demander quel intérêt fascinant Rosenberg éprouve-t-il pour
Spinoza ?
Ainsi Irvin Yalom met en parallèle la
vie du philosophe, à celle de Rosenberg, appréhende en se servant
de son métier de psychothérapeute la vie intérieure de deux
solitudes à l'opposé.
C'est un fabuleux récit, très érudit
et surtout très abordable.
J'ai beaucoup aimé toute la partie consacrée à Spinoza.
Je vous laisse, ici quelques extraits du roman afin que vous puissiez juger par vous même...
"Voyez comme
tous ces gens s'affairent. Ils vont et viennent à longueur de
journée, à longueur de vie. A quelles fins ? La richesse ? La
gloire ? Le plaisir des sens ? Ces buts ne sont pas bons.
- Pourquoi ?"
Bento a dit tout ce qu'il souhaitait dire mais, enhardi par la question de son client, il poursuit. "Ces buts sont sans fin. A peine l'un d'entre eux est-il atteint qu'il en engendre d'autres. Qui poussent à plus d'agitation, à de nouvelles quêtes, ad infinitum. Serait-ce que le vrai chemin d'un bonheur sans tache est ailleurs ?"
- Pourquoi ?"
Bento a dit tout ce qu'il souhaitait dire mais, enhardi par la question de son client, il poursuit. "Ces buts sont sans fin. A peine l'un d'entre eux est-il atteint qu'il en engendre d'autres. Qui poussent à plus d'agitation, à de nouvelles quêtes, ad infinitum. Serait-ce que le vrai chemin d'un bonheur sans tache est ailleurs ?"
Il doit y avoir
en chaque lecteur quelque chose qui fait qu'il adhère à un livre.
Dans sa vie, dans sa psychologie, dans l'image qu'il a de lui-même.
Quelque chose de très profond, tapi en chacun d'entre nous - ce que
Freud appelle l'inconscient -, et qui fait que tel lecteur tombe
amoureux de tel auteur.
Je ne crois pas
que le questionnement soit une maladie. L'obéissance aveugle sans
questionnement est la maladie.
Ce n'est pas que
je ne prise pas la compagnie des autres - en ce moment, Franco,
j'aime converser avec vous. Mais vous avez raison, une vie sociale ne
m'est pas essentielle. Ou du moins pas aussi essentielle qu'elle
semble l'être pour d'autres. Je me souviens combien ma soeur et mon
frère étaient blessés de n'être pas invités à tel ou tel
événements en compagnie de leurs amis. Ce genre de chose ne m'a
jamais affecté le moins du monde.
Tous deux font
silence. L'angoisse d'un total isolement qui avait saisi Bento après
que Manny, le fils du boulanger, l'eut fui, s'estompe. Cette
rencontre, ce moment de sincérité avec Franco le touche et lui
réchauffent le coeur. Comme à son habitude, il ne s'attarde pas sur
les sentiments mais se fait l'observateur, l'analyste de son âme, il
remarque en particulier la douceur qui s'infiltre en lui. Et ce n'est
pas la pleine conscience de la nature fugace de cette sensation qui
l'empêche d'être agréable. Ah, l'amitié ! C'est donc cela le
ciment qui lie les hommes entre eux - cette chaleur qui fait oublier
la solitude. Si souvent dans le doute, si souvent dans la peur, si
rarement dans la confiance, il a trop peu goûté à l'amitié dans
sa vie.
Nous nous croyons libres que parce que nous ignorons les causes qui nous font agir. "
“Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre.”
Les deux dernières citations sont de Spinoza. (1632-1677)
Tableaux: tous sont de Séraphine de Senlis (1864-1942), artiste peintre française, autodidacte, dont l'œuvre est rattachée à l'art naïf.
C'est parce qu'elle meurt (de faim) , dans le dénuement et les dures conditions des asiles sous l'Occupation allemande, que j'ai trouvé juste d'accompagner ces extraits et citations par ses tableaux, très largement inspirés d'images pieuses...
Un très beau film "Séraphine", sortie en 2008 lui rend un très bel hommage.






Voilà ce que j'appelle parler de quelque chose avec des étoiles dans les yeux!
RépondreSupprimerTout concourt à nous donner envie d'ouvrir le livre.
Je comprends mieux ton commentaire chez moi.
Merci chère amie pour ce partage joyeux.
Et coloré de jolis tableaux
Bisous célestes
¸¸.•*¨*• ☆
Quelle sensation agréable d'être totalement embarqué dans un livre, d'avoir cette impression de marcher côte à côte avec les personnages du roman. Ce livre m'a plu aussi pour cela... J'aime de plus en plus lire des livres "historiques", j'ai l'impression de me livrer à la confection d'un immense puzzle dont chaque livre constitue une pièce... je sais que cette embarcation est sans fin... mais découvrir ci et là des esquisses, des ébauches, une couleur, une lueur, quelques vérités participent à mon bonheur.
Supprimerbises enthousiastes, colorées et étoilées
Très enrichissant tous ces exemples de pensées de Spinoza sur la vie, le bonheur. Je n'ai pas eu le plaisir de lire beaucoup ce philosophe, même si j'avais plus ou moins un aperçu sur plusieurs de ses idées. Tu me donnes grande envie El Linda de me plonger sur ses écrits que je trouve vraiment d'actualité dans la vie de l'homme quelque soit son époque. J'aime bien cette citation: "Je ne crois pas que le questionnement soit une maladie. L'obéissance aveugle sans questionnement est la maladie." Ce que la religion réfute quand on apporte des questionnements sur tel ou tel sujet et on voit le résultat aujourd'hui ..
RépondreSupprimerMerci El Linda pour ton partage de lecture.
Bisou et belle journée.
Effectivement, Bizak, ce philosophe a beaucoup influencé ses contemporains et continue encore aujourd'hui... J'aime beaucoup sa définition de Dieu, un Dieu au mille visages dilué dans le tout, infini dont nous sommes partie intégrante... C'est un Dieu disons "panthéiste"... très proche de ce que je ressens tout au fond de moi depuis très longtemps, mais que je ne savais pas nommer...
RépondreSupprimerJ'ai souvent entendu Christian Bobin en parler. c'est une des raisons qui m'a poussé à le découvrir...
Je t'embrasse.
Belle semaine.