samedi 25 novembre 2017

Dis seulement une parole...




Ne songez au passé que lorsque vos souvenirs sont agréables. Jane Austen


La forêt, comme les livres abrite bien des êtres, des charmes offre à ceux qui ont appris à recevoir, à la contempler les plus beaux chants du monde.

A la lisière, les roses sauvages mêlent leur lueur au souffle d’un tremble. Un merle chantant descendu de son arbre sautille de petits cailloux en petits cailloux. Elle en ramasse un, le frotte doucement, le porte tout contre son cœur. Ce soir, il s'écrie pour vous.

Maintenant elle sait.

Le crépuscule s'est longuement couché. Que fait-il maintenant derrière la colline ?

A pas feutrés, elle lève le voile.

Au crépuscule de sa vie, c'est au sein de la forêt qu'elle reposera.

Qu'on abandonne, ici, un de ses foulards, et une mèche de ses cheveux bouclés.

Assise au coin du feu, tout en observant les flammes ronronnantes, elle remonte le fil de ses pensées, brode au fil de soi une histoire pour ses enfants. Les enfants aiment qu'on leur conte des histoires. Etrangement, souvent les mêmes. Alors elle conte, raconte encore et encore, s'ouvre naturellement à ce partage avec autant de joie, qu'hier elle éprouvait quand elle recevait de ses ancêtres le plus précieux de la Vie . Dire, transmettre à son tour demeure son plus grand bonheur. Leur dira-t-elle aussi qu'elle aimait par dessus tout cette parole, cette parole venue de loin, de très loin ?

Du père tout d'abord, du père qu'elle regardait de ses yeux de petite fille avec tant de fierté.

Plus tard des livres, inlassablement. De certains qui ne la quitteront plus.

Quelques fois dans des nuits faites de sang et de cristal auprès de poèmes, de peaux aimés qu'elle chérira sa vie durant pour cette parole-là.

Silence bavard dans les yeux illuminés, interrogatifs des enfants.

L'histoire est très simple :

On sonne à la porte. Elle, Aurore, pose délicatement les fleurs sur la table.

Elle s'approche, ouvre. Personne.

Un chat remonte en courant vers la colline. Sur le seuil de l'entrée, elle ramasse une enveloppe au timbre de sa voix, dans laquelle figure la lettre perdue, qu'elle croyait à tout jamais égarée. Les souvenirs remontent à la surface.

Le chat revenu s'est faufilé entre nos jambes. La lune joue à cache- cache ce soir. Dans sa course, le chat a renversé le tiroir .Il est tard. Face au miroir, perdue dans ses pensées elle reste quelques instants là, puis dans une profonde expiration souffle sur la bougie presque consumée.




Peinture: Thomas Worthington Whittredge
Texte écrit il y'a environ 6 mois


11 commentaires:

  1. Un texte magnifique qui résonne en moi, bien sûr...la parole du Père, de mon père, sa voix que j'ai parfois peur d'oublier, alors je me la remémore jusqu'à ce que les larmes perlent.
    Et puis les livres, nos meilleurs amis n'est-ce pas ?
    Oui ton texte est beau et me parle au coeur.
    Merci belle poétesse de la vie simple.♥︎
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Je suis ravie que mon texte te parle de cœur à coeur. et j'ai souvent entendu évoquer autour de moi la peur te perdre le souvenir d'une voix de quelqu'un qui disparaît. Parfois il suffit de retrouver une expression propre à la personne, et le timbre, le son , la mélodie s'ensuivent. Je t'embrasse.

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  3. Ma vie est jonchée de contes racontés au coin du feu.Toute mon enfance a été baigné de ces contes merveilleux, ils m'ont fait rêver, ils m'ont fait pleurer, ils m'ont fait, moi. Je n'oublierai jamais ma mère, assise me contant inlassablement les merveilleuses histoires des princes, des ogres, des sultans et des belles princesses. La forêt n'était pas en reste, elle était le repaire de tous les brigands et farfelus, mais elle était aussi magique quand le voile se levait et qu'on découvrait qu'elle avait plus d'un tour dans son sac.
    Bisous El Linda. Merci pour tes mots pleins de poésie.

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    1. Un festival de contes et légendes se produit chaque année dans nos petites villages. J'adore y emmener les enfants, qui se réjouissent tout autant que moi...J e crois que cela plait autant aux petites qu'aux adultes. Toutes ces histoires d'ogres et de princes ont sans doute aiguiser ta plume de poète. Bises enchanteresses.

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    1. Parler et raconter des histoires, c'est avant tout avoir un lien avec son passé. Les Pères se doivent de raconter des histoires à leurs enfants. Le mien était un taiseux. C’est comme ça. La vie n’est pas toujours douce. Une fois Père à mon tour, je me suis attaché à lire des histoires à nos enfants, le soir, au calme.
      Ils me disent aujourd’hui que je leur ai ouvert une porte sur le monde des rêves. Leurs mots font chaud au cœur.
      Ton texte me touche au plus profond de moi.

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    2. Lire le soir, une histoire au calme, raconter un souvenir d'enfance sont des moments privilégiés que je partage avec mes filles. J'ai gouté très tardivement au plaisir de la lecture, et de tout cœur je souhaite leur transmettre cette curiosité là... c'est un heureux dénouement que d'avoir pu offrir à tes enfants ce que tu n'as pas reçu, d'avoir malgré un défaut de "transmission" pu rétablir un lien avec le passé celui qui rattache maintenant tes enfants à vous parents. Ton expérience ne me laisse pas indifférente...

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  5. Une lettre. Un chat. La forêt. Les livres. Un monde de merveilleux peuplé de mystères. Je suis particulièrement sensible à cette forêt. Car je sais qu'elle nous raconte plein de choses merveilleuses à condition de savoir l'écouter. Merci pour ce très beau texte poétique. Bises alpines.

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    2. Tu l'aurais vue aujourd'hui parée de blanc, je suis certaine que tu aurais été charmée!
      bises enneigées.

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