mercredi 9 septembre 2026

Un poème à la fois - "Si tu veux" de Catherine Pozzi

 

Si tu veux
Nous irons ensemble
Tous les deux
Vers le vieux figuier.

Il aura
Des fruits noirs qui tremblent
Sous le vent
Qui vient d’Orvillers.

Tu iras
L’âme renversée
Sur ta vie
Et je te suivrai.

Le ciel bas
Tiendra nos pensées
Par la lie
D’un malheur secret.

Tu prendras
L’un des fruits de l’arbre
Et soudain
Le feras saigner

Et ta main
Morte comme marbre
Jettera
Le don du figuier.

Le vent vert
Plein du bruit des hêtres
Ouvrira
La geôle du ciel

Je crierai
Comme un chien sans maître
Tu fuiras
Dans le grand soleil.



Catherine Pozzi - "Très haut Amour"


Ce poème, prémonitoire, généralement intitulé " Si tu veux" a été rédigé par Catherine Pozzi entre 1915 et début 1916, pendant la Première Guerre mondiale, alors qu'André Fernet était au front. Il lui est dédié, à lui son Très Grand Amour.
L'atmosphère prémonitoire du poème avec ses fruits noirs fauchés par le vent du front montre que Catherine Pozzi pressentait déjà l'issue tragique qui allait frapper Fernet en juin 1916. Il meurt, abattu en combat aérien le 01 juin 1916.

Fait troublant: un passage de son journal illustre la dimension prémonitoire de la mort d'André Fernet.
En effet, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1916, Catherine Pozzi, alitée , souffrante, et prise d'une forte fièvre, fait une expérience nocturne troublante. Dans un état de veille et de sommeil, elle est assaillie par un pressentiment d'une intensité extrême: elle ressent physiquement la mort et l'agonie de celui qu'elle aime. La réalité rejoint tragiquement sa vision: c'est précisément le 1er juin 1916 au matin qu'André Fernet est abattu à bord de son avion au dessus de la Moselle, dans un village à une vingtaine de kilomètres de mon village d'enfance. Lorsqu'elle apprend officiellement sa mort quelques jours plus tard par l'armée, elle constate la coïncidence temporelle exacte entre sa crise nocturne et le moment où l'avion s'est écrasé.



Cette coïncidence renforcera chez elle la conviction d'un lien spirituel et "extra temporel" avec lui, un thème qu'elle ne cessera de méditer et poétiser tout au long de sa vie.

lundi 7 septembre 2026

 


Si, je lis, c'est avec l'espoir, toujours, que le livre répandra les lumières qu'il enferme sur la vie que j'ai, et qui m'est, par essence, obscure.


Citation de Pierre Bergougnioux